Un projet mystérieux de boisement

Un mystérieux projet de boisement sur les communes des Forges et Vasles

« Un mystérieux projet de boisement », tel est le titre d’un article écrit par Camille Bouju pour le Courrier de l’Ouest le 3 août 2021. Un titre qui doit nous interpeller. Pourquoi un projet de boisement sur 63,5 ha, a priori vertueux, est-il tenu secret par l’Etat qui aurait donné ses autorisations mais refuse d’en préciser la teneur exacte, ni de révéler l’identité du porteur de projet y compris auprès des mairies concernées.
Même la journaliste n’a pas réussi à obtenir les informations recherchées, un comble. Ce projet serait-il lié par le fameux « secret des affaires » ? Ce secret invoqué par la commission européenne pour ne pas divulguer auprès des députés la teneur des contrats liant l’Europe aux fabricants de vaccins. La démocratie serait-elle malade en France au point de garder secret un projet de boisement qui pourtant devrait concerner l’ensemble des habitants ?
Alors face au secret, tant pis, on va essayer de percer le mystère… A la lecture de l’article, on note immédiatement quelques mots clé, passe partout, que l’autrice a sans doute pu arracher à ses interlocuteurs : on parle d’un projet « propice au développement de la biodiversité » (une phrase que l’on retrouve aujourd’hui dans presque tous les projets) ainsi que d’une exploitation future « de façon raisonnée ». Voilà de quoi rassurer : si le porteur de projet avait spécifié qu’il voulait faire une exploitation intensive et industrielle, que se serait-il passé ? Le mot « raisonné » est aujourd’hui lui aussi un mot passe partout comme on a pu le voir pour l’agriculture…
Mais la liste des essences qui seraient implantées suggère d’autres ambitions : on note une grande majorité de résineux (pins et cèdres pour l’essentiel). Pourtant, si on veut vraiment favoriser la nature, il conviendrait de laisser pousser des essences locales, mieux adaptées. Ce qui n’empêcherait nullement une exploitation. On peut craindre qu’un tel projet ne soit justifié que pour des raisons économiques à court terme pour une rentabilité maximum. Alors que la demande en bois-énergie ne cesse de se développer, la tendance en France, ces dernières années, s’oriente vers une exploitation de plus en plus industrielle des forêts. On constate ici en Gâtine la multiplication des fameuses « coupes à blanc » particulièrement néfastes pour les sols. Le comble, c’est que de tels projets bénéficient de larges subventions au prétexte, comme le souligne la journaliste, de la soi-disant neutralité « bas carbone ».
Alors, il faudra être très vigilant : pourquoi un tel secret ? Pourquoi vouloir implanter des résineux pour l’essentiel ? Dans quelles conditions va se réaliser l’exploitation ? Face à l’absence d’information démocratique, il ne faudra pas s’étonner de la profusion de rumeurs et de questionnements.
Il ne suffit pas d’utiliser des mots qui sonnent bien pour faire passer n’importe quoi : dire qu’on va améliorer la biodiversité est une phrase creuse qui ne signifie rien : de quelle biodiversité parle-t-on ? Qui peut définir exactement ce mot pourtant utilisé par tout le monde aujourd’hui ? Suffit-il de créer quelques mares pour l’améliorer ? Pourquoi ne pas parler plus simplement de la nature ? Et que signifie réellement une « exploitation raisonnée » ? Qui oserait écrire qu’il veut faire une exploitation irraisonnée ?
Une affaire à suivre, comme beaucoup d’autres actuellement …
Pierre Grillet

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